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Nom : Castagne

Prénom : Florian

Né le : 01/06/1987

Réside à : Bruxelles, Belgique

Grimpe depuis : L'âge de 6 ans

Spots Favoris : Céüse, Freyr, Saint Léger du Ventoux et là où je peux déambuler sur une slackline.

Style préféré : Léger dévers sur réglettes

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L'adhérence d'Outre-Manche
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Lundi, 03 Janvier 2011 09:32

StanagePour celles et ceux qui n'auraient pas reçu le dernier "Ardennes & Alpes" du Club Alpin, voici le récit que j'ai écrit sur mon premier voyage au Peak District cet été (avec des photos en plus, signées Michaël Timmermans et moi-même) :

 

 

Cet été, l'envie de découvrir une nouvelle destination de grimpe me trotte dans la tête. J'ai envie d'explorer une autre facette de l'escalade, le trad.

C'est avec Nathan Rosenfeld que j'ai discuté pour la première fois d'un séjour au Peak District en Angleterre. Lui, Cédric Claert et Guillaume Lion veulent faire du coinceur. De mon côté,  deux journées de trad en Irlande m'avaient vraiment laissées un bon souvenir. Pourquoi ne pas aller explorer cette région ? Le gritstone local est un rocher qu'on ne trouve presque que là et il se prête à merveille à la pose des coinceurs. Il y a des milliers de voies dont certaines très connues. Enfin, il ne faut pas plus d'une journée pour y aller.

Alors pourquoi pas ? La météo plus qu'incertaine ? Les midges (petits moustiques très méchants qui ont faillit à eux seuls nous arrêter) ? Le fait que ce ne soit pas la meilleure saison pour y grimper ? Ayant trop envie de nous y rendre, nous nous disons que si les conditions sont mauvaises, nous descendront dans le Pays de Galles (aurions nous réussit avec notre petite voiture ?).

Nathan et Cédric partent le premier août. Nous les rejoignons Guillaume et moi le six. Départ de bonne heure, ferry pour relier Calais à Douvres et il reste cinq heures de route pour arriver en milieu d'après midi. Le rendez-vous est fixé à Parson House, à quelques kilomètres d'Hathersage, le village central du Peak. Les propriétaires Debbie et Gareth mettent une prairie à disposition des campeurs. C'est là que nous resteront durant notre séjour et nous ne seront pas déçu. Ils sont vraiment sympas et accueillants ! De plus, il n'y a pas eu beaucoup d'autres campeurs, nous nous sommes donc très vite sentis chez nous.

La ferme où nous nous trouvons est bien située pour la grimpe. Burbage South et North sont accessibles en 5 et 25 min à pied. En voiture, Millstone est à 5 minutes, Stanage à 15 min et il faut faire maximum 40 minutes de voiture pour accéder aux sites les plus excentrés du topo.

Vue de Burbage Guillaume et Nathan

Etant donné notre excitation, nous allons directement faire un repérage à Burbage South. C'est magnifique ! Il y a ici beaucoup de voies mythiques telles que Parthian Shot, Equilibrium, Life Assurance ou Nosferatu. Nous faisons Byne's crack, un VS 4b sous les conseils avisés de Nath et Ced qui après une semaine d'escalade nous donnent de bons conseils. Grimper et mettre les coinceurs n'est pas vraiment un problème. La voie est facile et s'y prête bien. C'est quand il faut redescendre en installant un relais sur coinceurs que cela se corse. En Irlande, tous les relais se faisaient sur sangles. Ici ce n'est pas forcément le cas. Cédric vient m'aider et me garanti que ce relais sur trois coinceurs est en béton armé ! Je descends en m'agrippant à toutes les prises qui passent devant moi « juste au cas où » et ça tient. Guillaume me suit bien à l'aise et enlève le relais. Il y a des chemins pour accéder au sommet des rochers un peu partout (étant donné qu'ils ne sont pas très hauts), pratique pour récupérer les relais. Bonne introduction, nous sommes prêts pour le lendemain.

Retour à Burbage South. Il y a du vent, ce qui est très agréable. Nous nous échauffons à North Quarry, dans de belles lignes d'une quinzaine de mètres. Les nuts sont nos principaux alliés dans ces petites fissures. Pour les relais, Guillaume et moi n'étant pas encore vraiment rassurés, nous mettons tout ce que nous pouvons, les rochers sommitaux n'étant pas idéaux pour les installer à ce secteur.

Nous rejoignons Nathan et Cédric qui font du bloc un peu plus loin. Je trouve le rocher vraiment exceptionnel avec ce grain si adhérent. Cela permet une gestuelle incroyable sur plats et on se permet de charger des pieds quasi inexistants. Nous nous baladons avec le crash pad le long de la barre. Après quelques blocs, nous essayons tous un E4 en moulinette, sans succès. C'est très bloc avec un finish sur une arête trop plate pour que nous arrivions à maîtriser les mouvements.

The Boggart, E2 6b

Comme dernière voie, Nath et Ced veulent réessayer The Boggart, un E2 6b sur petites réglettes puis sur fissures, ils l'avaient tenté quelques jours auparavant. Le début pourrait être considéré comme un bloc encordé, ça passe ou ça casse. Si ça passe, c'est parti pour la pose du premier friends et la suite de la voie, plus facile. Guillaume et moi les observons puis nous tentons la voie « flash ». Cédric nous a bien expliqué les méthodes. Nous y parvenons tout les deux, très content.

Le lendemain, nous allons à Stanage. C'est le site connu du Peak ! La barre s'étend sur au moins deux kilomètres à travers la campagne et ses moutons. Magnifique endroit. Cédric et moi commençons par Orang-Outang E2 5c puis remarquons une ligne sur la droite. Le topo annonce que ce n'est pas protégeable, la seule option est le solo. Certains diront que ce n'est pas très prudent mais cette pratique est ici largement acceptée. Il y a des voies qui sont plus souvent faites en solo que sur coinceurs car ils sont trop dur à placer et qu'il vaut mieux être rapide. Nous observons la voie et j'y vais en premier. La concentration et la confiance en soi doivent être totales. C'est une escalade pleine de sensations pour le corps et l'esprit. La satisfaction est énorme une fois que je me retrouve au dessus. Je regarde Cédric qui s'élance. J'ai peur pour lui alors que les mouvements ne sont pas très durs. Nous sommes tout les deux en haut. C'est incroyable comme la manière d'aborder l'escalade ici peut souder une cordée. Il faut gérer ensemble plein de paramètres et pas seulement s'attacher à la difficulté.

Nous croisons un monsieur d'une soixantaine d'années qui fait des voies faciles en solo. Il nous inspire un grand respect. Sa démarche témoigne d'une pratique plus ancienne de l'escalade dans le Peak et nous nous imaginons l'époque où les premiers grimpeurs ont libérés les voies en grosses avec leur vieux coinceurs (s'ils en avaient !).

Nathan grimpe légé à Stanage Guillaume dans un E1 à Stanage Cédric dans un E3 Nathan, Guillaume et Cédric

Guillaume et Nathan nous rejoignent et nous faisons encore quelques voies entre E1 et E3. Pour terminer la journée, nous nous rendons au secteur de bloc le plus connu du Peak, The Plantation. Le bloc le plus marquant que je réalise est Crescent Arete. C'est seulement V2 (5b) mais l'escalade est technique et engagée. Il faut remonter tout en équilibre une splendide arête plate et arrondie qui monte jusque six mètres de haut.

Après un jour de repos pour aller visiter Sheffield, nous retournons à Stanage et allons explorer d'autres secteurs (il y en a tant) : Robin Hood's Cave Area et Flying Buttress. Nous sentons tous que les sensations sont bonnes. Je me suis un peu plus approprié le style et l'ambiance locale, aujourd'hui, ça va faire mal ! Après un échauffement dans la plus que superbe fissure de Robin Hood's Right-hand Buttress Direct, HS 4a, Cédric et moi faisons Flying Buttress Direct, HVS 5b, un beau bombé sur strates. Les noms des voies sont parfois à rallonge mais cela ne vaut pas le casse tête pour comprendre la logique des cotations anglaises.

Pour info : de Mod à Sev ce sont les voies bien protégeables, de HS à HVS les voies intermédiaires. Après on entre dans le domaine des E. De E1 à E3 c'est engagé et au-delà c'est encore pire (ça va jusque E11-E12). Cette première donnée renseigne de la qualité des protections, de l'engagement et donne une idée globale de la difficulté. La seconde info (la cotation telle que nous la connaissons) indique la difficulté du mouvement ou de la section la plus dure. E1 6a, HVS 5b, E5 6a, S 4a, Mod ... Même après quasi 3 semaines sur le grit, nous ne comprenons pas toujours.

Pour en revenir à notre journée à Stanage, Nathan et moi nous préparons pour The Asp, un E3 6a qu'on a vu en photo dans le topo. Une fissure ... Nous prenons bien le temps de préparer l'ascension. Quels coinceurs ? Quelles tailles ? Un retour au sol possible ? Je me lance et après un début assez lent pour placer cinq coinceurs, je me retrouve aux deux tiers en essayant d'en mettre un dernier. Il ne tient pas. Que faire ? Si je reste plus longtemps je vais me fatiguer. Tant pis, j'y vais, il ne reste que quelques mouvements pour sortir. L'important est de pouvoir prendre les bonnes décisions au bon moment. Nathan y va et réalise la voie flash, cool. La fin de journée sera très bonne. Cédric, Guillaume et moi réalisons Thunder Road E6 6b après l'avoir travaillée en second. Tout se joue au début au passage d'un toit. Les deux coinceurs qu'on met ne sont pas géniaux et il ne valait mieux pas tomber. Ensuite avec Nathan, nous faisons Constipation. C'est une arête en E4 6a avec un pas dynamique les pieds trois mètres au dessus de la dernière protection, ce qui nous laissera un bon souvenir.

Nathan sort The Asp (E3/6a)

La journée suivante, nous retournons à Stanage et nous devons jouer avec les petites averses tout au long de la journée. Heureusement le vent sèche les rochers. Nous faisons des voies plus courtes, entre bloc, solo et trad. Ce site est vraiment magique !

Un break s'impose pour nos petits doigts. Nous faisons une journée de repos. Le lendemain, nous sommes bloqués au camp de base à cause de la météo. Ce sera la seule fois du voyage que nous ne pouvons pas grimper toute une journée à cause de la pluie et de l'humidité. Nous pouvons quand même nous estimer chanceux !

En quête de nouveautés et après avoir maintes fois potassé le topo la veille, nous prenons la route pour Froggatt. Ce n'est qu'à dix minutes. N'ayant pas très bien compris l'accès aux rochers, nous arriverons bien chaud après quarante cinq minutes de marche, oups. Aujourd'hui encore, la pluie s'invite et les voies sont parfois mouillées, il faut attendre un peu pour certaines. Nathan et Cédric essayent en moulinette un E6 6b de diz mètres de haut qui n'est faisable qu'en solo ! Guillaume et moi les laissons pour aller dans Strapadictomy, un E5 6b de toute beauté où je me prends mon premier vol sur coinceurs. Nous le ferons à la deuxième montée. Bien motivés, nous essayons à notre tour l'arête en moul. Je le fais en deux coup mais trop à l'arrache. Je n'imagine même pas de faire un vrai essai en solo. Nous continuons dans Long John's Slab E3 5c également à faire en solo. C'est le début qui est dur. La fin suit des rampes jusqu'à quatorze mètres de haut. J'hésite à mettre le crash pad pour protéger le gros bloc situé au pied du mur. Le topo sème la confusion dans la troupe car ce serait plus facile d'un point de vue de l'engagement et du mental avec. Bon ! Respectons l'éthique anglaise (ils sont marrants). Le crash, c'est les pareurs. C'est parti ! Une fois rétablit sur une grosse marche il faut serrer très fort deux réglettes puis un plat. Ne pas penser au risque, juste aux mouvements, à la réussite et rester calme. J'arrive à la partie plus facile. Je fais le plein de sensations et la joie en arrivant sur la plaine en haut est grande.

Fissure à Froggatt La même en fin de journée

Nous voulons faire une dernière voie mais les midges nous ferons changer d'avis. Nous en avions vu quelque uns avant mais jamais autant en un coup ! Cédric est en train d'assurer et ne peut que se camoufler avec les vêtements qui traînent. Il ne laisse dépasser qu'une main pour donner du mou. Elle est attaquée par ses maudites mouchettes piquantes. Guillaume et moi n'arrêtons pas de bouger pour les éviter, c'est très oppressant. Une fois Nathan redescendu de sa voie il ne nous aura pas fallu cinq minutes pour plier les sacs. Bye Froggatt.

Nous sommes déjà le quinze août, plus ou moins à la moitié du séjour. Il fait plus lourd que la semaine passée et il n'y a quasi pas de vent. N'ayant pas envie de faire encore un jour de repos, nous allons au petit secteur Higgar Tor et espérons que les prises ne seront pas trop gluantes. La partie centrale est un léger dévers de quinze mètres de haut où il vaut mieux ne pas traîner pour mettre ses protections sous peine de chute dans la voie lactique. De part et d'autre c'est une petite barre de huit mètres. La légende veut que The Leaning Block (le fameux dévers) se détache chaque année un peu plus de son support. Ce qui veut dire qu'il faut vite venir faire les voies avant que ce ne soit un toit ! Guillaume et moi nous amusons dans The Rasp E2 5b et sa variante directe E3 6a pendant que Nathan et Cédric tentent la traversée intégrale du secteur en quatre longueurs. Rock Around the Block E5 6a, ce sera pour une autre fois mais la voie laissera des souvenirs avec quelques vols pour Ced assuré par Nathan à son relais sur coinceurs. Nous nous trompons en croyants avoir eu notre quota d'émotions car les midges refont leur apparition. Même chose qu'hier sauf que cette fois c'est moi qui suis bloqué en train d'assurer. J'aurai presque eu envie d'enlever le grigri pour m'encourir mais Guillaume m'aurait alors donné du mou pédagogique le restant de ma vie.

The Rasp, E2/5b à Higgar Tor Cédric dans The Rasp

Le lendemain matin, le vent est de retour et nous marchons vers Burbage North. Sympathique barre bien longue et pas très haute. Il y a ici beaucoup de voies faciles. Nous prenons plaisir dans Long Tall Sally, Now or Never tout les deux E1 5b puis dans The Sentinel, une incroyable proue abordable en E2 5b. Chaque ligne est tellement attirante qu'on ne peut pas résister et nous courons comme des enfants au pied du mur.

La magnifique Sentinel, Burbage North Repos d'équipe

Après cette journée, c'est repos en attendant l'arrivée d'une autre bande de belge : Quentin Coster, Olivier Vandenbroeck, Cyril Lapka (pas vraiment belge celui là) et Michaël Timmermans. Ils arrivent l'après midi et, comme nous, ils sont chauds pour se faire une petite session de grimpe. Pour certains c'est le retour au Peak, pour d'autres c'est une découverte. Nos pas nous mènent aux rochers les plus proches. Burbage South. Les cordées se forment au gré des attirances minérales. Je vais repérer The Knock E4 6a. C'est une belle arête protégeable par un seul friends à six mètres. Je le fais puis nous assisterons coup sur coup à la réussite de Quentin et Cyril (pour qui c'est le premier E4 !) suivi par Cédric et Guillaume qui le font flash ! Quentin qui a maintenant une bonne expérience des coinceurs après son passage en Irlande nous emmène dans Balance It Is E7 6c. C'est du sérieux. Le début ne pose pas trop de problème mais ensuite il faut remonter toute l'arête jusqu'en haut et elle est très plate. Les pieds sont mauvais. Heureusement que nous essayons en moulinette car il y a plusieurs mouvements qui semblent impossible. Faudrait-il revenir en hiver pour profiter d'une meilleure adhérence ? En tout cas la ligne est très jolie. Certains s'acharnent dans The Searing E3 6a, mais comme nous quelques jours auparavant, aucune solution au mouvement clé ne sera trouvée. Rien n'est perdu car il y a eu des vols et cela permet au moins de se rassurer sur la résistance des coinceurs. Nous profitons d'un coucher de soleil qui fait resplendir les couleurs des rochers et de la végétation. Mais nos ventres crient famine et il est temps de rentrer.

Les renforts sont arrivés ! Quentin à Burbage South Cyril n'a pas peur

La soirée se passe dans notre petit local. Nous discutons des péripéties à venir, des voyages précédents des uns et des autres. Lorsque nous sortons à la lumière des frontales, une petite bruine accompagnée de vent nous bercera jusque dans notre tente.

Les poules, les canards et les chevaux se chargent de nous réveiller. C'est la vraie vie à la ferme ici. Un breakfast à l'anglaise (comprenez œufs au bacon) termine de nous réveiller et nous allons grimper à Millstone. Cette ancienne carrière est surtout connue pour des voies comme London Wall et Master Edge. Nous déposons les sacs au secteur Embankment. C'est ici que se trouve Time for Tea E3 5c réalisé l'année passée par Quentin et Cyril. La face est légèrement dalleuse et coupée par de belles fissures. Nous y voila enfin ! Des fissures sans rien autour... Jusqu'ici nous avions plutôt grimpé sur des murs à fissures horizontales pour une escalade sur plats. Il va falloir ruser pour coincer nos doigts là-dedans. Chacun y va de sa ligne pour s'échauffer. Nathan est motivé et part à vue dans Time for Tea. La fissure s'arrête aux deux tiers (ainsi que les protections) et il engage sur la dalle finale qui part vers la gauche. Frissons garantis. Je le suis pour le flash. Quelle ambiance ! Pendant ce temps, Cédric et Guillaume se sont lancés dans London Wall E5 6a mythique et se frottent au départ bien corsé. La voie suit une petite fissure de bas en haut pour un crux au début et un à la fin. La pluie vient parfois nous embêter mais nous pouvons continuer à grimper. Avec Nathan et un grimpeur allemand nous faisons Regent Street E2 5c et Bond Street HVS 5a. La gestuelle en fissure est perturbante au début et la satisfaction en sortant d'une voie est encore plus grande. Olivier fait Embankment 3 E1 5b. Pour terminer, nous alternons entre bloc et essai dans London Wall en moul pour assimiler les mouvements. C'est le genre de voie où il faut un bon rythme de grimpe et une mise des coinceurs rapide. Pas question de se poser la question de la taille du coinceur pendant l'enchaînement.

Mika s'élance Les fissures de Millstone Nathan place son friends

Olivier sort du mur d'Embankment, Millstone Guillaume dans London Wall

Le jour se lève une fois de plus sur notre prairie. Nous roulons un peu plus au sud vers les Black Rocks. Ce site est connu pour une voie : Gaia E8 6c. Quentin a envie de l'essayer. Encore une fois, la marche d'approche est réduite au strict minimum. L'aspect négatif pour les grimpeurs est qu'il y a beaucoup de touristes qui viennent « grimper » au sommet des rochers. Il y a aussi une carrière qui fait du bruit non loin de là mais on a vite fait de l'oublier. Nous sommes en admiration devant Gaia. La ligne est pure et impressionnante. Elle a été faite la première fois par le fameux Johnny Dawes en 1986. J'ai vu des vidéos de la voie et on peut dire que c'est engagé ! Elle fait quinze mètres de haut. Le dernier coinceur est à six ou sept mètres et le dernier mouvement dur à douze. Nous commençons par quelques voies plus faciles et sommes vite d'accord sur le fait qu'il y a une moins grande concentration de lignes majeures ici qu'ailleurs. Pour le moment, cela ne nous pose pas de problème car nous commençons l'installation de la moulinette dans Gaia. Il faut un peu ruser car le sommet du rocher est rond et sans aucune fissure. Nous  cherchons donc les protections derrière en tendant une corde de chaque côté histoire que ça ne bouge pas avec la tension du grimpeur. Une petite heure plus tard, c'est prêt. Les difficultés commencent dès qu'il faut franchir le toit pour entrer dans la face. C'est le morceau le plus physique et morpho. Après, cela se joue tout en finesse et en équilibre. Seul Guillaume et moi parvenons le pas du bas et nous bougeons bien en haut. Lorsque j'y retourne la seconde fois, je passe directement le toit et à ma grande surprise j'arrive en haut. Quentin me dit tout de suite que je devrais penser à un enchaînement en trad. Pas si vite, tu as vu où sont les seuls coinceurs ? Laisse moi le temps de réfléchir. Mais j'y pense. Je l'ai faite en second, je suis donc capable de le faire mais est-ce que le mental suivra ? Il y a une chute au sol assurée si je tombe au rétablissement final. Quel dilemme. Peu après moi, c'est Guillaume qui y retourne. Il bouge tout aussi bien dans les mouvements et pense aussi qu'il pourrait le faire. Nous nous soutenons à deux dans cette réflexion très perturbante. En moulinette, il n'y a pas de pression mais en tête nous jouons gros. Nous rentrons et passerons des soirées à analyser la voie sur photo et à repasser les séquences dans nos têtes.

Au travail dans Gaia

Le jour suivant nous sommes à Stanage et après quelques voies il se met à pleuvoir. Nous nous réfugions sous le gros arbre à la Plantation et feront du bloc le reste de la journée. Le vent est fort et le grit sèche très vite. Nous déambulons et grimpons au gré des lignes qui nous attirent. Les blocs sont souvent esthétiques dans les formes et la gestuelle. Nous essayons d'amadouer un mouton mais il n'est pas demandeur de caresses, il s'intéresse plutôt à notre pique-nique. Quentin et moi sommes proches de tenir la prise de réception du jump de Délivrance V8 (7b+). Nathan s'acharne dans The Green Traverse V6 (7a) puis nous allons tous faire Crescent Arete.

Le soir, la discussion est animée car Guillaume et moi voulons retourner dans Gaia mais les autres veulent retourner à Millstone. Je les comprends car ils ont fait le tour des autres voies là bas. Le problème c'est que nous devons être au moins trois car il faut deux assureurs. C'est un sentiment bizarre que je ressens en pensant que je n'y retournerai peut être pas. Après discussion, Quentin et Cyril veulent bien nous y accompagner mais avec la garantie qu'on rejoigne les autres début d'après-midi.

Levés de bonne heure (plus tôt que d'habitude en tout cas), nous retournons à quatre aux Black Rocks. Après l'installation de la moulinette nous nous préparons à un essai dans des conditions similaires à l'enchaînement. C'est-à-dire avec pose des coinceurs, casque et les deux cordes. La deuxième corde sert à réduire le risque de se prendre le pilier de départ si nous chutons dans la traversée du haut car elle nous écarte de l'axe des coinceurs. Cette corde est attachée à droite au sol et le deuxième assureur devra donc courir en arrière pour tendre cette corde si nous chutons. Je commence à grimper. Pas si simple avec trois cordes au baudrier ! Je pose les coinceurs puis je suis confronté à un problème avec la deuxième corde qui passe derrière ma jambe après le toit. Il faut que j'y pense avant. Je dois aussi retravailler le haut car mes séquences ne sont pas encore des plus optimales. Il ne faut laisser la place à aucune hésitation, tout doit être au point. Je le refais encore pour ne pas m'emmêler avec les cordes tout en essayant de faire abstraction de la moulinette. Guillaume fait de même après moi. Je ne me sens pas encore prêt et je remonte une deuxième fois. Ca se passe bien. A la descente j'annonce aux autres que je veux y aller aujourd'hui, dans une petite heure. Guillaume y va à son tour pour une seconde montée. Il teste encore d'autres séquences avec les pieds et les prises plates de la traversée. En descendant, il nous dit qu'il ne le sent pas. Je suis alors seul face à la voie. Je suis maintenant sur de vouloir la tenter en trad. J'ai bien réfléchit. Je commence à me préparer. Je suis encordé et je repasse à nouveau la voie dans ma tête. Je la connais par cœur. Plic ... Quoi ? Ploc. Il pleuvine. Ce n'est pas possible ! C'est une très fine pluie et je décide donc d'attendre. Dans ma tête c'est horrible. Est-ce le destin ou une force inconnue qui ne veut pas que je fasse la voie ? Après quinze minutes il pleut toujours mais un peu plus fort et les plats sont mouillés. J'appelle les autres à Millstone pour voir si il pleut chez eux. Pas encore. Car je ne suis pas tout seul ici, Cyril et Quentin veulent aussi grimper. Après un autre quart d'heure la face devient mouillée. C'est affreux d'être stoppé comme ça alors que j'étais prêt. Nous partons. Dans la voiture je suis dans mes pensées. Comment puis-je être à ce point affecté à cause de Gaia ?

Après trente minutes de route, nous rejoignons Michael, Olivier, Nathan et Cédric. Ils sont sous les arbres car la pluie est présente ici aussi. Cédric est couché contre un arbre. Il a fait une chute au sol dans le début de London Wall car deux coinceurs se sont arrachés. Heureusement il n'a rien de cassé mais son dos est raide. Il marchera avec notre aide pour le chemin du retour. Cela nous a bien refroidit. Je pense au fait que le matin si j'avais fait mon essai il aurai aussi put se passer quelque chose. Nous mangeons. La pluie s'arrête et recommence plusieurs fois. London Wall reste sèche. J'y vais car j'ai envie de grimper. Deux coinceurs au début sont resté dans la fissure. J'essaie de grimper vite sinon c'est l'asphyxie. Je mets les coinceurs dans la suite. J'arrive au repos. Dernières protections puis fissure sommitale. Je dois bien me battre et je parviens en haut. Mais pourquoi n'ai-je pas posé moi-même ces deux coinceurs ? Ce n'est pas validé si il y en a déjà en place. Tant pis, j'y retournerai après. Ce sera chose faite un peu plus tard. Je connaissais bien les mouvements bien que la fin soit toujours flippante avec les pieds coincés en verrou dans la fissure.

London Wall, Millstone

C'est déjà l'avant dernier jour pour Quentin, Cyril, Michael et Olivier. Il fait magnifique. Enfin car ils n'ont pas eu que du bon temps sur leur semaine. Nous grimpons au secteur High Neb à Stanage. Il y a de tout et quasi que des beautés. C'est le week-end et les locaux sont plus nombreux. Après quelques voies, Nathan concrétise dans King Kong E3 6a. Quentin fait l'impressionnant toit de Quietus E2 5c dans lequel je me prendrais un bon vol en tappant sur le bord final. Nous faisons quasi tous Impossible Slab E3 5c, qui correspond bien à son nom. Et en fin de journée, je fais Old Friend E4 5c à vue. Quentin et Nathan me suivront après travail et flash. Toute bonne journée, ça a fait plaisir à tout le monde.

Nathan dompte King Kong Quentin sort du toit de Quietus Et il termine la journée dans Old Friends

Pour leur dernier jour et notre avant dernier, nous allons à Burbage mais la pluie s'invite. Nous aurons juste le temps de faire la magnifique fissure en dièdre Roof Route VS 4c pour les uns et un essai en moulinette dans Life Assurance E6 6b pour les autres. Mais avec l'humidité c'est plus dur. Le quatuor nous quitte début d'après midi. C'est bizarre de se retrouver en petit comité. Nous commençons aussi le rangement Après presque trois semaines, nous étions comme chez nous.

Gaia est toujours dans ma tête. J'ai encore une chance de la faire demain matin car notre ferry est le soir et nous pouvons partir à treize heures. Il faudra mettre le réveil et espérer que le rocher soit sec.

Debbie et Gareth nous invitent à prendre le breakfast chez eux. Nous savourons le fameux eggs and bacon puis leur disons à la prochaine car c'est sur que nous reviendrons. Nathan reviendra d'ailleurs dès septembre pour trois mois lors de son année sabbatique.

Nous faisons donc un arrêt aux Black Rocks. La voie est sèche c'est génial ! J'ai trois heures devant moi avant de reprendre la route. Installation de la moulinette pour un dernier rappel des sensations. Je me sens bien dedans. Je m'isole un peu pour me concentrer. Je n'ai pas le droit à l'erreur car plus je vais monter, plus les coinceurs seront inutiles. Tout est prêt. Nath, Guitch, ok ? Ok. C'est parti. La traversée du début est vite avalée et je pose le gros coinceur puis les petits 0.3 et 0.4 dans la fissure verticale. Vers le haut, tout est pur, il n'y a pas de corde et je ne peux que me faire confiance pour atteindre le sommet. Je fais le pas dynamique pour passer le toit et je suis dans le mur lisse et plat. Les pieds sont déjà au dessus des protections. Maintenant, plus je monte plus les mouvements sont délicats. J'arrive dans le dièdre avec des plats en main. Si un des petits pieds glisse je ne sais rien rattraper. Ceux-ci sont cinq mètres au dessus des coinceurs. Je pars vers la droite et tout est réglé comme une horloge dans ma tête. Je ne dois pas penser à l'échec. Juste au moment présent. J'ai la lune à deux mains et je dois prendre le ballant avec mes pieds pour directement les remettre dans l'axe. Je serre bien le plat pour pouvoir lâcher mes pieds. Plus que le jeté de talon sur le bord pour se rétablir. A partir d'ici je ne crois pas que les assureurs peuvent encore faire quelque chose en cas d'erreur. Je me contracte pour lancer le talon au dessus du bord. Je n'hésite pas sinon je n'arriverai pas assez haut. C'est bon, je peux aller le chercher. Les pieds remontent sur la lune. Ca y est ! Je grimpe prudemment jusqu'au sommet du bloc. C'est la délivrance. Je n'en reviens pas. Tout c'est bien passé et dans ma tête ça n'aurait pas été possible autrement. En bas c'est aussi le soulagement. Je défais mes cordes et les lâches. Merci les gars.

On range tout, mangeons un bout et reprenons la route. C'est fini. Quelle endroit mythique !

La campagne anglaise

 

Merci au Club Alpin Belge et à Climb2Climb

Florian Castagne
 

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