Le Verdon ! Pour ma part, je n’y étais jamais allé. Cette falaise résonnait pour moi comme un Eden, là où tout avait commencé ! « Nous serons sur les terres d’un mythe, la légende (vivante) de l’escalade, celui par qui tout est arrivé, Patrick Edlinger ! Autre époque, autres techniques, ceux qui assureront et feront leurs manipulations comme Edlinger seront saqués…mais ceux qui grimperont comme lui auront le maximum de points ! ». C’est sur ces mots qu’Eric Berthe clôtura les préparatifs de cette semaine qui s’annonçait incroyable. Le stage du Club Alpin Belge pour les moniteurs niveau 2 pouvait commencer !
Samedi matin, départ très matinal pour les plus isolés d’entre-nous et direction Vance pour un échange de voitures. Les deux « patrons » dans une grosse voiture et nous, les pauvres stagiaires, serrés dans une autre. Pendant la grosse dizaine d’heures que dura le voyage, nous avons eu l’occasion de spéculer sur diverses choses importantes comme les restaurants, les bars, les cafés, les pizzerias, les crêperies, les boulangeries, l’apéro, les magasins de grimpe, les filles, les douches et l’heure du réveil ! C’est dingue comme tant de choses sont importantes quand on part grimper !
Arrivés complètement lessivés d’avoir dormi dans la voiture (désolé Mathieu), l’heure de l’apéro était déjà passée. Fort heureusement, Mathieu su nous remettre sur pieds avec un menu digne des plus grands cuistots de cantines scolaires. Après un repas bien arrosé (d’eau…), nous avons eu droit au briefing de la semaine. Au programme, des grandes voies et encore des grandes voies. Ca s’annonçait très bien !
Dimanche à 5h du matin, nous étions tous prêts à grimper ! Oups non, en fait il était plutôt 9h du matin, mais nous étions tout de même très motivés pour notre premier jour de grimpe dans ces gorges magnifiques. Pour mettre tout le monde d’accord dès le début, Olivier et Eric avaient choisi d’ouvrir le bal avec des « petites » grandes voies sur coinceurs…cherchez l’erreur ?! Cyril et moi avions choisi "Orni", quatre longueurs en fissures qui paraissaient incroyables. Eric, Johan et Mathieu avaient jeté leur dévolu sur la voie juste à droite, "Tuyau d’Orgue". Oli et Robin, quant à eux, avaient choisi "Dièdre des Rappels", encore un peu plus à droite. Bref, nous grimpions dans des voies en parallèles. Ce dont je me souviens, ce sont les longueurs en cheminées, trop petites pour être confortables, mais trop grandes pour y mettre suffisamment de protections et coincer les mains. On se serait cru dans une galerie, mais à la verticale ! Je me souviens également de Cyril, dans la deuxième longueur, qui devait sortir de cette cheminée lisse, plein gaz, sans la moindre protection jusqu’au relais (dans la cheminée lui aussi) et dans une position très inconfortable. Ca y est, on était au Verdon ! Quelques jurons plus loin, nous sortions en haut, très satisfaits de cette belle séance de « frottis frotta ». Robin, pour qui ce fut sa première voie sur coinceurs, ne pu éviter les frayeurs habituelles des pieds qui glissent, des coinceurs qui bougent etc… mais s’en sorti au final très bien, quoiqu’un peu plus blanc qu’au départ.
Lundi, deuxième jour de « trad » avec les deux grandes classiques du Verdon. Oli, Cyril et moi avions optés pour la "Ula", un peu plus courte (240 mètres tout de même…), mais entièrement déséquipée. Le reste du groupe se lança dans la "Demande". Ces deux voies passèrent comme une lettre à la poste même si certains grincèrent des dents dans les passages en cheminées difficilement protégeables de la « Demande », que d’autres prirent des pauses « popo » et embrassèrent le rocher… La routine quoi !
Le mardi matin, il faisait mauvais et nous en avons profité pour approfondir quelques parties théoriques sous la tente « king size » de Mathieu. Le temps devint plus clément l’après-midi et nous nous sommes rendus au fameux secteur de Hulk pour y faire des voies d’une longueur en guise de « repos ». L’endroit n’est pas si facile d’accès et il faut d’abord franchir une tyrolienne au-dessus du Verdon et passer sur des échelles branlantes pour mériter d’y grimper. La grotte de Hulk est énorme et offre une quarantaine de voies de tout niveau sur un rocher ultra adhérant. Je n’avais d’ailleurs jamais touché une texture si rugueuse. Le moindre petit pied tenait bon ! Par contre, la peau souffrait.….
Mercredi, exit les coinceurs et bonjour les grandes voies sportives. Quel plaisir de grimper sans devoir se soucier de ses protections ! Johan et moi avons fait "Les Caquous". Une belle classique avec une longueur en « artif » qu’on se serait bien passé de faire car tirer aux sangles et aux dégaines dans un toit plutôt lisse, c’est marrant sur 1 mètre… mais pas sur 15 ! Cyril et Eric ont quant à eux réalisé le superbe combiné d’Arnaud Petit. Mathieu, Robin et Olivier ont fait "Tandem pour l'Evidence".
Jeudi, cinquième jour de grimpe et déjà notre dernière sortie au Verdon. Pour conclure en beauté ces quelques jours, chacun tenta de monter encore un peu le niveau. Oli et moi sommes allés tenter la grande classique en trad du Verdon, "Mescalito". Cyril parti avec Mathieu faire "Série Limitée", et les 3 autres terminèrent leur semaine dans "L'âme Fatale". Pour ma part, ce dont je me souviens de "Mescalito" fut les premières longueurs engagées et « péteuses » et une fin en « artif » bien galère. Le 7b, par contre, était superbe et valait à lui seul le déplacement ! Cyril et Mathieu furent eux-aussi gâtés ! Après avoir changés de plans pour cause d’interdiction, ils mirent pratiquement autant de temps dans la descente en rappel que dans la voie, 3h30 ! Personne n’est à l’abri des cordes qui se bloquent et s’emmêlent…même les futurs moniteurs ;-) Quant à Johan, Robin et Eric, la marche d’accès de leur voie fut dangereuse avec des pieux en fer de 50 cm en guise d’échelles. Par contre, une fois sur le rocher, la voie était de toute beauté !
Vendredi, jour de repos. Un peu de théorie au matin et la route vers notre dernier objectif l’après-midi. En effet, il fallait encore garder des réserves pour samedi puisque nous avions prévu de grimper une grande voie montagne de 450 mètres près de Gap. Le bivouac en soirée fut très agréable avec de la nourriture et de la bière à volonté. Autour du feu, Robin nous fit même l’honneur de reprendre avec sa flute quelques morceaux mythiques du CAB-RCT. La claaaaasse !
Après une nuit relativement courte, nous avons pris la direction de cette grande face à une enjambée seulement de notre campement. Deux cordées (Cyril et Sébastien Berthe ; Eric et Oli) se lancèrent dans "Les Premiers pas d'Elsa", Johan et Robin dans "Forts, Feignants, Frileux" et Mathieu et moi dans "Sous la griffe de Lucifer". Pour tous, le début n’était pas évident, non pas pour la difficulté, mais pour la friabilité du rocher. Cyril contribua d’ailleurs beaucoup à remplir le pierrier en contrebas. Ce qui nous marqua également, ce fut l’engagement ! Dans les longueurs « faciles », l’espacement entre les points était vraiment grand. On regrettait souvent de ne pas avoir pris suffisamment de coinceurs pour équiper cette voie « équipée ». « De toute façon, le rocher était tellement friable que ça n’aurait pas tenu »…qu’on se disait ! Vers la moitié, nous avons vu Johan et Robin faire demi-tour et nous apprendrons plus tard que l’engagement et la mauvaise qualité du rocher étaient tels qu’ils préférèrent redescendre plutôt que de se faire emporter par des blocs gros comme des frigos… Choix judicieux ! Un peu moins rapide que les deux autres cordées, Mathieu et moi nous avons rapidement été distancés. Pensant ne plus les voir jusqu’au camping, nous avons été surpris de voir Cyril et Sébastien descendre en rappel un peu au dessus de nous. Ils s’étaient trompés d’itinéraire et avaient bifurqués dans nos longueurs ! Bravo les moniteurs ;-) Cette erreur ne les empêcha pas au final de nous prendre une heure dans la vue.
En descendant de la voie, Robin et Johan nous attendait avec le mobile home et de la nourriture. Quel service !

Pour conclure ce petit résumé du stage au Verdon, voici quelques conseils inspirés des membres du groupe :
- Une ligne sur le topo du Verdon, ce n'est pas une fissure, c'est une cheminée ! (Quentin)
- Moins tu mets des coinceurs et plus ça tient ! (Cyril)
- Si le vent se lève, c’est qu’il y a cachalot sous gravillons ! (Mathieu)
- Prévoyez du papier toilette dans les voies ! (Robin)
- Ayez toujours des bières sous la main ! (Johan)
- Pas besoin de prendre des coinceurs ! C'est équipé ! (Eric)
- Un relais suspendu à trois, c'est méga confort ! (Oli)
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